jeudi 7 avril 2016

Bruno GOLLNISCH : la réforme des règles de la présidentielle est une confiscation de la démocratie

POLITIQUE
Entretien avec Bruno Gollnisch - La réforme des règles de la présidentielle est une atteinte à la démocratie. Le député européen du Front national dénonce l'injustice du nouveau système électoral français.


Question : Quelle est votre vision des réformes des règles de la présidentielle ? Certains dénoncent le verrouillage du système démocratique ou même une atteinte à la démocratie française…
Bruno Gollnisch : Je pense que c’est exact. Je dis cela bien que ma formation politique, le Front national, figure parmi les trois plus importantes. C'est même celle qui est arrivée en tête par le nombre de suffrages aux dernières élections. Nous devrions théoriquement être bénéficiaires de ce système, mais il ne me convient pas du tout.


Je pense que c’était une égalité absolument nécessaire, que durant les six dernières semaines d'une champagne qui dure largement plus d'un an il y ait une égalité de temps de parole médiatique. Je dois dire que j’ai toujours suivi avec intérêt la campagne de ceux que l’on appelle «les petits candidats», qui sont peut-être petits par l'audience, mais qui ne sont pas toujours petits par l’intérêt que représente leur démarche.


Évidemment c’est trop facile, si vous êtes au pouvoir, de changer les règles du jeu pour empêcher de nouvelles formations ou de nouvelles têtes de se faire connaître.
Par conséquent, je suis partisan d’un système égalitaire. Parce que si la démocratie, comme dans certains pays, est confisquée par deux formations politiques préétablies qui, au motif qu’elles sont en place, bénéficient de tous les avantages, d'autres challengers n'auront jamais la possibilité de se faire entendre.

Question : Une pétition a été lancée en faveur de l’abolition de cette nouvelle règle. Signeriez-vous une telle pétition ?
Bruno Gollnisch : Il faut que je regarde le texte, mais je suis tout à fait disposé à signer une pétition pour demander l’abolition de cette réforme. J’espère d’ailleurs qu’elle sera invalidée par le Conseil constitutionnel. Mais j’en doute parce que le Conseil constitutionnel est composé de personnalités politiques qui appartiennent aux deux partis qui se sont partagés le pouvoir en France depuis des décennies.

Question : À votre avis, ce système renforcera-t-il le bipartisme ou, comme disent certains le tripartisme, en France ?
Bruno Gollnisch : Évidemment, c’est trop facile, si vous êtes au pouvoir, de changer les règles du jeu pour empêcher l’opposition, pour empêcher de nouvelles formations ou de nouvelles têtes, de se faire connaître. C’est une confiscation de la démocratie. À ce moment-là, il n’y a qu’à dire qu’on est gouvernés par une oligarchie qui a acquis les droits divins. Ça sera plus simple et plus clair, et c’est pour cela que même si le Front national devait être bénéficiaire de cette réforme, personnellement, je serai tout à fait contre.

Question : Est-ce que le Front National, même s’il bénéficiait de cette réforme, comme vous le dites, va lutter contre ces nouvelles règles ?
Bruno Gollnisch : Je n’ai pas vu si nous avions déjà pris une position officielle, mais j’espère bien que nous allons être contre (Les deux députés FN ont voté contre le projet de Loi – Ndlr). Malheureusement, l'injustice du système fait qu'alors que nous représentons des millions d’électeurs, nous n’avons que deux députés et deux sénateurs au Parlement français, ce qui est totalement ridicule au regard de notre poids dans le pays.