samedi 19 décembre 2015

Dordogne : le Château de Commarque


N
ulle autre vallée au monde ne rassemble un aussi grand nombre de sites sculptés et gravés : la Grèze avec un bison, Commarque avec son cheval qui est parmi les plus belles figures de l’art pariétal, Cap blanc qui est à la sculpture ce qu’est Lascaux à la peinture, Laussel et sa fameuse Vénus à la Corne ainsi que son gisement préhistorique qui recèle plus de 100 000 ans de chronologie d’habitat humain.
Découverte par l'Abbé Breuil et Pierre Paris en août 1915, la Grotte de Commarque a été classée Monument Historique en 1924. (Vidéo en fin d'article)n


Pourquoi avoir construit un château ici ?

« L’explication la plus satisfaisante pourrait être celle-ci : sur la falaise dominant la Grande Beune, un certain Comarc reçut en garde une tour. Par la suite, l’un de ses descendants fut Abbé de Sarlat durant le troisième quart du XIIe siècle. En outre, sa postérité assurait encore, vers 1300, avec deux familles de la région des Beunes, les fonctions de viguiers héréditaires de cette abbaye. » (Jean Lartigaut Châteaux et Sociétés du XIVe au XVIe siècle Ed. Pierre Fanlac).
En 1170, le pape nomma Garin de Comarque 12eme Abbé de l’Abbaye Bénédictine de Sarlat.
Commarque se trouve sur la route qui mène de Montignac à l’Abbaye de Sarlat, aux marches du territoire de cette dernière. L’Abbaye Bénédictine de Sarlat assure la sécurité de son territoire en faisant garder la tour de Commarque par « un milites castri », membre de la famille de Commarque.

Garin de Commarque

Garin appartenait à ces familles ancestrales autochtones installées sur les rives de la Dordogne et de la Vézère en Aquitaine, où s'étaient réfugiées les maigres populations de la préhistoire pendant les dernières glaciations géologiques. Ces familles de l'antique Aquitaine romaine avaient résisté à la forte germanisation de la Gaule sous l'empereur Constantin en s'alliant à l'Église.
Sa famille, dont le premier ancêtre connu Bovon de Commarque avait été adoubé par Charlemagne, ​s'était illustrée​​ pendant les invasions des Normands, les fameux Vikings.​ (D'après l'ouvrage d'Alain Armagnac La Lanterne des morts de Sarlat Ed. Périgord Culture).


Les six familles de Commarque

Les trois grandes campagnes de fouilles menées en 2003, 2004, et 2006 et les travaux historiques sur les archives ont montré que plusieurs lignées identifiées cohabitaient sur le site de Commarque formant ainsi une coseigneurie, dont les noms reviennent sans cesse dans les documents des XIIe, XIIIe, XIVe, et XVe siècles : les Beynac, les Cendrieux, les Commarque, les Escars, les Gondrix, les La Chapelle. Ils interviennent en qualité de propriétaire, vendeur, acheteur, donateur, récipiendaire ou témoin, pour des actes passés souvent entre ces mêmes lignées. « C'est dans le courant du XIVe siècle et peut-être à la faveur de la guerre de Cent Ans, que les premiers remembrements semblent s'être opérés par acquisitions successives, au profit des deux lignages majeurs - les Beynac et les Commarque -, conduisant à une séparation du site en deux blocs antagonistes ». (Bernard Pousthomis, archéologue, Société Hades).

La Guerre de Cent Ans

Pendant la guerre de Cent Ans, les Beynac restent les défenseurs fidèles de la couronne de France. Pons de Beynac bénéficie de nombreux appuis politiques : il est dans la clientèle des Beaufort-Turenne, de la papauté avignonnaise et du parti d'Anjou. On peut lui attribuer l’extension du château de Commarque entre 1370 et 1380. Il entreprend de rehausser le donjon et la courtine et de faire construire la couronne de mâchicoulis inspirée du Palais des Papes à Avignon.

Le déclin des Beynac et de Commarque

Fin XIVe, les Beynac deviennent les seigneurs dominants constamment contestés en justice par les Commarque qui font valoir leurs droits liés à leur ancienneté originelle sur les lieux. Les Beynac sortent affaiblis de la guerre de Cent Ans. La châtellenie de Commarque commence à se désagréger. Et en 1441, les Beynac passent dans la mouvance du comte de Périgord, signe évident de leur abaissement politique.
Les dernières transformations du château interviendront début XVIe et l’ensemble du site sera abandonné fin XVIe.



La renaissance de Commarque

Dès 1962, Hubert de Commarque entreprend le sauvetage du Château de Commarque.
En 1972, il rachète ce berceau de famille et mène obstinément avec l'aide de l'administration des Monuments Historiques, des travaux de consolidation et de restauration qui ont permis de sauver une grande partie des murs en élévation, en particulier grâce à des reprises de brèches et de béances sur le château proprement dit, qui était en grand danger d’écroulement.
Parallèlement, il conduit un programme de fouilles archéologiques faisant appel à de nombreuses disciplines, qui vient enrichir continûment la connaissance sur la vie et l'organisation d'un Castrum au cours du Moyen-Âge.

Découvrez le castrum de Commarque

Faites une plongée dans le passé en remontant les 15000 ans d'histoire du site au travers d'une visite libre avec un livret documenté prêté, disponible en 5 langues. Au cours de votre visite vous découvrirez :
- la Grotte préhistorique de Commarque à travers une exposition photos (avec le concours du Musée National de Préhistoire et du Pôle International de la Préhistoire) et un film vidéo projeté dans la grande salle du donjon.
- les habitats troglodytiques aménagés.
- le castrum médiéval et le donjon roman qui domine la vallée de la Beune.n