mercredi 5 juin 2013

La Cochinchine, par Jean Faure

Saïgon - Vue panoramique des quais et de la rivière
DOSSIER
SITUATION DE LA COCHINCHINE

D
ans l’Union indochinoise, constituée de cinq états : Cochinchine, Annam, Tonkin, Laos et Cambodge, seule la Cochinchine était une colonie, alors que les quatre autres étaient des protectorats.
La  Basse-Cochinchine était située au sud-est de l’Indochine, entre le 102° et le 105° de longitude à l’est de Paris, et entre le 8° et le 11°30 de latitude nord. Elle était bordée:
E Au nord, par le royaume du Cambodge et le pays des Moïs
E Au nord-est, par la province de Binh-Thuan
E À l’est et au sud, par la mer de Chine
E À l’ouest, par le golfe de Siam
Sa superficie était évaluée à 60 000 kilomètres carrés.¢


LE DELTA DU MÉKONG

C’est un immense delta qui occupe la plus grande partie de  la Cochinchine. Les différents bras de ce delta, ainsi que plusieurs affluents, sont navigables.  La France a réalisé une œuvre considérable en creusant un grand nombre de canaux permettant de relier entre eux les différents bras de ce delta. C’est une œuvre à laquelle mon grand-père paternel participa, en qualité d’Ingénieur des travaux Publics  (en particulier dans les environs de Saigon, de Cantho et de Rach gia). L’examen de la carte des voies navigables de Cochinchine permet de constater l’étendue de ces travaux. Toute personne sensée et suffisamment renseignée ne peut qu’être indignée et révoltée lorsqu’elle lit ou entend dire que « la France a pillé ses colonies ». C’est l’inverse qui est certain : la France s’est ruinée avec ses colonies.

Carte de la Cochinchine française
LES INDIGÈNES ET LEUR ACTIVITÉ

La communauté chinoise constituait un élément fondamental de la structure du commerce extérieur du territoire des Nguyên.  Les souverains du pays considéraient la Chine comme un immense marché abondamment fourni en produits qu’ils désiraient acquérir. Mais ils prenaient bien soin de ne pas importer ces marchandises de façon directe.  Ce  système de commerce indirect avec la Chine, faisant reposer tout le commerce extérieur de la cour sur des intermédiaires chinois, permettait à la cour de contrôler les pays qui auraient  pu devenir d’autres fournisseurs.

Ces congrégations chinoises  permettaient d’isoler les habitants de cette région vis-à-vis des occidentaux. C’est ainsi que les Chinois se réservaient la quasi-totalité des transactions commerciales. Ce commerce extérieur avec les occidentaux diminua progressivement et s’interrompit lorsque la France, sous la menace d’une intervention armée, eut incité la cour de Hué à entreprendre des actions commerciales avec des marchands étrangers.

C’est en 1860 que Saigon s’ouvrit au commerce international, à la suite de la conquête de la Cochinchine par les Français.

Les premières rizeries mécanisées furent installées à Cholon en 1869,  tandis que les Chinois et les Français monopolisaient les décortiqueries.

En  1889, il existait 56 000 Chinois en Cochinchine, dont 16 000  à Cholon et 7 000 à Saigon. Fin 1928, la population chinoise de Cochinchine était approximativement de 250 000 personnes, dont 75 000 à Saigon et 95 000 à Cholon.

C'est-à-dire 170 000 personnes à l’agglomération Saigon-Cholon qui avait une population globale de 317 000 habitants. Pendant toute la période coloniale, Cholon dépassait Saigon, en dimensions et en population.   Les champs de riz conquirent presque toute la superficie du territoire. Les Chinois prirent presque toute l’activité commerciale, ne s’intéressant pratiquement pas à l’agriculture. Près des grandes villes, ils pratiquèrent  les  cultures  maraichères, ainsi que le métier d’épicier.  Leurs magasins offraient un étalage complet d’articles courants où l’acheteur pouvait trouver presque tout ce qu’il voulait.

A Cholon, ils agrandirent les cours d’eau et construisirent des quais en pierres pour accueillir  les embarcations. Ils installèrent des docs pour entreposer leurs marchandises. Ils créèrent des grands magasins. C’est ainsi que la ville de Cholon s’étendit considérablement et put créer des écoles avec des enseignants venus de Chine. Un conseil urbain fut composé avec des notables de la cité.

HISTOIRE DE LA COCHINCHINE

Les  missionnaires français ayant fait appel à la France pour obtenir une protection, l’amiral Rigault de Genouilly prit la ville de Saigon, puis la Cochinchine. L’empereur d’Annam Tu Duc céda la Cochinchine à la France par le traité de Saigon, le 5 juin 1862. Ce fut le début de la présence française en Indochine. En 1887, la France établit des protectorats en Annam, au Tonkin, au Cambodge et au Laos. L’Union passa sous l’autorité de gouverneurs  généraux.

PROJETS DE CANAUX DE NAVIGATION ET D’IRRIGATION EN COCHINCHINE

Il y a en Cochinchine 5 millions d’hectares de marais qui pourraient être  transformés en rizières. Le delta cochinchinois est formé des apports du Mékong, pour la plus forte partie, et pour l’autre de ceux d’un groupe indépendant de cours d’eau, les deux Vaïco, le Donnaï, la rivière de Saigon, qui tous finissent par se confondre dans le  Cua-Soirap et la baie de Ganh-Raï, à peu de distance de la bouche orientale du Mékong. Par quelques arroyos (le rach  Caï-Bé, le rach Bo-Bo, le Song-Ben-Luc, etc.) le groupe Vaïco-Donaï est en communication avec le groupe des bouches du Mékong.

Mais aucune de ces voies de communications n’est navigable pour des navires de fort tonnage. Il en est de même du canal de Cho-Gao, creusé en 1877 par les ordres de l’amiral Duperré. Il est rendu presque inutilisable par suite de l’exhaussement de son fond par un dos-d’âne ». Le but de l’amiral Duperré était de faire passer des canonnières de la rivière de Saigon au Mékong, sans que celles-ci dussent redescendre jusqu’à la mer. Ce but n’a pas été atteint. De même les vapeurs des Messageries Fluviales du Mékong, partant de Saigon ou y revenant, doivent passer le cap Saint-Jacques. Il n’existe aucune communication fluviale entre Pnom Penh et Saigon.

Faute de drainage, et aussi de main-d’œuvre, ce qui est plus regrettable, la plaine des joncs, dans le centre même du delta, et la plaine de Camau, au sud-est, ne sont que de vastes marais.

TRAVAUX ANNAMITES

Il est nécessaire de signaler que les Annamites avaient commencé avant les Français à créer des canaux qui, à peu près inutiles à la navigation européenne, à cause de leur faible profondeur,  leur conviennent par ce que leurs embarcations n’ont qu’un faible tirant d’eau. Quand ils rencontrent un dos-d’âne, les sampans attendent patiemment que la marée les prenne sur son dos. Il faut citer, parmi ces travaux annamites, le canal des Poteries, les canaux de Mytho et d’Ha-Tien.

TRAVAUX EUROPÉENS

Ils eurent au début une raison stratégique. Ils avaient pour but de relier Saigon au Mékong. On chercha à rendre navigable le rach Bo-Bo et l’arroyo de la Poste, mais ces canaux furent comblés.

Un projet plus récent  avait pour but de « classer » les canaux à construire en deux catégories : les canaux d’intérêt général et les canaux d’intérêt local.  Ceux de la deuxième catégorie devaient avoir surtout un but d’irrigation.

Voies navigables de Cochinchine
Parmi les canaux d’intérêt stratégique et commercial, on peut citer, en particulier :
-  un canal de Mytho à Camau, par Bac-Lieu, Soc-Trang, Ben-Tré
-  un canal passant par Cantho , en utilisant le Caï-Long, qui permettrait l’assèchement de la plaine de Camau
-  un autre desservant Saigon, Cholon, Sadec, Long-Xuyen  aboutirait à Rach-Gia .

En conclusion, pour ce qui concerne les canaux, nous pouvons revenir sur les travaux effectués avant et après l’œuvre de la France :

Sous la dynastie des Nguyên, le creusement des arroyos était important. Ceux creusés à Cholon à cette époque répondaient aux besoins de la communication entre le delta du Mékong et la rivière de Saigon. A Saigon, les canaux étaient plus courts, juste pour assurer le trafic de la citadelle de Tortue jusqu’à la rivière de Saigon. A cette époque, le principal moyen de transport était fluvial.

À l’époque coloniale, les Français ont à la fois creusé et comblé des canaux. Ils ont remblayé ceux qui étaient  petits et courts autour de la Citadelle pour construire des boulevards et ils ont creusé de grands canaux pour le trafic fluvial. Les canaux en milieu urbain étaient devenus un obstacle au développement de routes et au développement urbain. La présence de l’eau n’était pas considérée comme un facteur important de la qualité de la vie urbaine, car le paysage urbain à cette époque était encore largement couvert d’espaces verts.

GÉOGRAPHIE

Le climat et la salubrité d’une région dépendent de sa géographie et de son climat. En géographie, il est nécessaire  d’examiner la nature du sol, l’hydrographie, la constitution géologique, d’une part, et la météorologie, d’autre part. Il convient donc d’examiner tous ces sujets successivement.

TOPOGRAPHIE

LE SOL - Il  est généralement plat. On rencontre  quelques reliefs dans les provinces de Bien Hoa, de Tay-ninh, de Baria, de Chaudoc et de Hâtien.

Du côté de Bien Hoa les reliefs sont les dernières pentes des montagnes du Tibet. Les plus hauts sommets atteignent tout juste 600 mètres d’altitude.

Distribution de vivres par les Soeurs à Ben Tré
HYDROGRAPHIE

Dans la Basse-Cochinchine on trouve deux grands fleuves principaux : le Donài et le  Mékong, et des rivières secondaires : la rivière de Saigon, le Vaïco oriental et occidental, ainsi que quelques arroyos.

Le bassin du Mékong a une très grande superficie. Le Mékong est un des plus grands fleuves du monde.  Il prend sa source dans les montagnes du Tibet. Il passe par le Cambodge avant de traverser la Cochinchine. Deux de ses branches  traversent  la Cochinchine avant de se jeter dans la mer de Chine, par cinq embouchures, formant un delta très étendu.

Dans la partie de Rach Gia, on trouve quelques rivières de faible importance. Les principaux canaux sont le canal  de Hatien, celui de Rach Gia, l’arroyo de la Poste, après Saigon.

CONSTITUTION GÉOLOGIQUE

Le sol de la Basse-Cochinchine est d’origine alluvionnaire de formation récente. Dans les parties basses, il est argileux ; en s’éloignant de la mer, il devient argilo-ferrugineux, puis argilo-siliceux du côté des montagnes.     Le  sous-sol est entièrement vaseux. Il a un sol primitif composé de granit. Dans les parties élevées, il forme une sorte de conglomérat argilo-ferrugineux, qui prend le nom de « pierre de Bien Hoa », qui est mou, à l’origine, et qui durcit,  et  prend la consistance de la roche lorsqu’il est exposé à l’air durant quelques jours. On l’utilise pour le revêtement des routes. Les  alluvions sont composées de graviers, de sable, de limons semblables aux argiles, mélangés à des débris marins apportés par les marées.

La  formation du sol actuel de la Basse-Cochinchine serait à peine antérieure aux premiers  siècles de notre ère. D’après les recherches  de l’ingénieur Fusch, faites en 1882, la partie basse de la Cochinchine était autrefois  recouverte par la mer. Dans des fouilles archéologiques, un grand nombre d’objets se rapportant à la pêche ont été trouvés. Les eaux chargées de limon provenant du Mékong ont recouvert et surhaussé le sol de la Cochinchine. Le Mékong envoie annuellement 1 400 milliards de mètres cubes d’eau. D’après les calculs de M. Fusch, cette eau contient un gramme de limon par litre. Donc, depuis un milliard d’années, cela représenterait une épaisseur de 3 millimètres.  Cette accumulation de vase a formé des barres et des îlots qui furent couverts de palétuviers et qui ont provoqué des obstacles en un grand nombre de points, au cours régulier des eaux du fleuve. C’est pourquoi le sol de la Cochinchine  s’accroit en hauteur, mais aussi en étendue vers le sud. Des sondages exécutés en un grand nombre de points de la Cochinchine n’ont permis de trouver, jusqu’à cent mètres de profondeur, que de la vase constituée d’argiles et de sable.

 MÉTÉOROLOGIE

Un service météorologique fut institué à Saigon, dès le début de la conquête. Il fut  confié à des médecins et des pharmaciens de la Marine.  Plus tard, il s’établit dans d’autres provinces de Cochinchine.

En Cochinchine, il n’existe que deux saisons bien marquées :
1 -  une saison sèche, de novembre à avril, caractérisée par une absence totale de pluie, un abaissement de la température, et une mousson de N.-O. assé fraîche.
2 -  une saison humide, de mai à octobre, caractérisée par d’abondantes pluies, de fréquents orages, une chaleur étouffante, humide et de faibles vents de S.-O.
Les  moyennes de la température et les maxima et minima extrêmes observés sont indiqués ci-dessous :   

Ville
Moyenne
Maxima
Minima
Saigon
27°01
35°
18°
Pnom Penh
27°44
35°8
19°4
Haï-Phong
24°56
36°8
9°8

Références
1 – Histoire de l’Indochine, SPL Henri Veyrier, Paris, 1983, Philippe Héduy
2 – Projets de canaux de navigation et d’irrigation en Indo-Chine, Annales de Géographie, année 1903,   vol. 12, N° 36, Pierre Mille.
3 - Petit cours de Géographie de la Basse-Cochinchine, Saigon, Imprimerie du Gouvernement, 1875, 1ère Edition, P.-J.-B. Tru’o’ng-Vinh-ky
4 - Immigration Chinoise et colonisation du delta du Mékong
paristimes.net/fr_culture/immigr-chinoise-ntheanh.htm
5 - Etude du climat de la Cochinchine par A. Delteil, Pharmacien  principal de la Marine en retraite, Imp. Mme Ve Camille Mellinet.¢