jeudi 4 avril 2013

Le mariage gay examiné au Sénat

L
e mariage homosexuel va être examiné à partir de jeudi au Sénat, où l'adoption du projet de loi se jouera à une poignée de voix qui risque de s'amenuiser, face à la pression des opposants au texte, qui ne désarment pas.
Le débat débutera à 16H00 et doit durer jusqu'au 12 ou 13 avril. Près de 280 amendements et 3 motions de procédures UMP visant à repousser le texte ont été déposées, loin des plus de 5.000 amendements enregistrés à l'Assemblée nationale lors de la première lecture du texte. L'UMP pourrait déposer également une motion référendaire visant à demander un référendum sur le sujet.¢


Les opposants au mariage pour tous espèrent de leur côté peser sur les débats. Avec prières de rue et manifestation bruyante, ils ont décidé de descendre de nouveau dans la rue jeudi. Deux manifestations distinctes auront lieu à proximité du palais du Luxembourg: le collectif La Manif pour tous organise un rassemblement à 18H00 et l'Institut Civitas, proche des catholiques traditionnalistes, appelle à prier devant l'entrée principale du Sénat à partir de 19H00.

Auparavant, jeudi matin, l'un des pères du Pacs, Jean-Pierre Michel (PS), comparaîtra à Paris à la suite d'une plainte pour diffamation de Frigide Barjot et de La Manif pour tous.

E L'adoption du texte au Sénat ne sera pas aussi aisée qu'à l'Assemblée nationale. La gauche ne dispose que de 6 voix de majorité sur la droite et si toutes ses composantes, communistes compris, sont unies pour approuver le mariage gay, des défections individuelles sont attendues dans leurs rangs.

POUR L’INSTANT, IL Y A 2 VOIX D’ÉCART

Au RDSE (à majorité radicaux de gauche), Jean-Pierre Chevènement hésite entre ne pas prendre part au vote et l'abstention, et Gilbert Barbier, adhérent de l'UMP, votera contre. Le président du PRG, Jean-Michel Baylet, ayant fait de cette question, comme de celle du cannabis, un marqueur de sa campagne lors de la primaire pour la présidentielle, il devrait convaincre d'autres élus réticents sinon à voter pour, du moins à s'abstenir.

Plus floue est la position des élus d'outre-mer, en général très opposés, y compris à gauche, pour des raisons culturelles ou religieuses. Mais certains pourraient choisir la politique de la chaise vide et ne pas venir voter.

Serge Larcher (app. PS) et président de la délégation sénatoriale à l'Outremer a réuni ses troupes "pour leur demander le maximum de soutien au nom de l'égalité et des combats qu'ils ont toujours menés", a-t-on indiqué de source parlementaire.

À droite, des "défections" sont aussi prévues, ce qui compense celles de gauche. À l'UMP, Jacqueline Farreyrol, Alain Millon, Fabienne Keller, Christian Cointat et Christophe-André Frassat ont annoncé un vote pour. D'autres devraient s'abstenir, comme Roger Karoutchi ou Alain Fouché.

Chez les centristes de l'UDI-UC, Chantal Jouanno votera pour et certains ont évoqué l'abstention, comme Muguette Dini, Valérie Létard ou Vincent Capo-Canella.

Mais ces élus de droite qui hésitent pourraient basculer dans le camp du non ou du oui, en fonction du déroulement des débats et de la pression des opposants.

"Il y a deux voix d'écart. Le projet peut être rejeté dès le Sénat", déclare Frigide Barjot, porte-parole du collectif La Manif pour tous.

L'article 1er, qui légalise le mariage des homosexuels, pourrait être voté conforme, c'est-à-dire sans modifications mais pas le reste du texte, le rapporteur Jean-Pierre Michel (PS) ayant fait voter des amendements en commission lors de l'examen préalable du texte notamment sur la filiation, afin de parer certains risques d'inconstitutionnalité.
Avec AFP