jeudi 11 avril 2013

Hollande déchaine l’enfer contre la corruption… Ah bon ?...

H
ollande a décrété mercredi « une lutte implacable contre les dérives de l'argent » après l'affaire Cahuzac, en annonçant une série de mesures pour, dit-il, « moraliser la vie politique ». Mais des doutes se font déjà jour quant à leur efficacité ou même leur caractère réellement nouveau. Alors : les rugissements ne seraient-ils que des miaulements ?
Une semaine après les aveux dévastateurs de l'ex-ministre du Budget sur ses comptes dissimulés à l'étranger, le président de la République a cru frapper un grand coup avec « trois grandes mesures » : la création d'une haute autorité chargée de contrôler le patrimoine des ministres et parlementaires (qui existe déjà comme l’a fort justement rappelé Christian Jacob), celle d'un "parquet financier" à compétence nationale (encore des doublettes, selon les syndicats de magistrats) et une "mobilisation" contre les paradis fiscaux (couplet déjà entendu).¢


LES CAPACITÉS DE HOLLANDE MISES EN DOUTE

Mais à peine annoncées, la polémique s'est immédiatement enclenchée sur leur efficacité à mettre fin aux dérives en matière fiscale et financière et sur la capacité du « président » à mener cette lutte. Rappelons-nous la « UNE » de l’Express « Y a-t-il vraiment un président en France ? » et celle du Point « Le grand méchant doute » en novembre 2012… et encore celle de l’Express tout récemment « Hollande : la débâcle »… et toutes les autres qu’il serait long de citer.

Pour leur part, le Syndicat de la magistrature (SM, classé à gauche) et l'Union syndicale des magistrats (USM), première organisation de la profession, étaient mercredi interloqués par la création d'un parquet financier national, n'y voyant ni annonce, ni avancée. « Depuis plusieurs années il existe des juridictions spécialisées dans la délinquance économique et financière, comprenant notamment des parquetiers et des juges d'instruction », ont-ils fait remarquer.

Concernant les mesures pour lutter contre les paradis fiscaux que Hollande voudrait bien « éradiquer en Europe et dans le monde » (Ndlr. Rien que ça !), elles sont de l'avis des spécialistes assez peu novatrices. Une liste noire existe en effet déjà depuis 2010.
Quant à l'obligation faite aux banques de rendre « publique chaque année la liste de toutes leurs filiales partout dans le monde, pays par pays » et « la nature de leurs activités », annoncée par le chef de l'État, ces mesures sont déjà intégrées à la loi bancaire en voie d'adoption au Parlement, « initialement contre l'avis de Bercy », a souligné Mathilde Dupré, de l'ONG CCFD-Terre solidaire.

Sur un ton qu’il tentait désespérément de rendre martial, Hollande a prévenu qu'il serait "intraitable", promettant "une lutte implacable contre les dérives de l'argent, la cupidité et la finance occulte". Ah mais !...

Mais ce qui a le plus suscité le débat parmi les élus est le souhait de l'exécutif d'obliger les parlementaires et ministres à publier leur patrimoine, ainsi que l'interdiction du cumul des mandats de sénateur ou député avec certaines professions. François Hollande a eu beau affirmer que « la défaillance d'un homme ne (devait) pas jeter le discrédit, le soupçon sur les élus qui se dévouent pour le bien public sans en retirer le moindre avantage », l'opposition a redoublé de force dans ses critiques sur ce thème.

L'ancien ministre UMP Bruno Lemaire a ainsi accusé le chef de l'État de vouloir « créer petit à petit une République du soupçon et de la jalousie entre les Français ». Il a également renié le caractère novateur de la haute autorité chargé de contrôler les déclarations de patrimoine et d'intérêts des membres du gouvernement des parlementaires, grands élus, dirigeants des grandes administrations, ainsi que des membres des cabinets ministériels.

« Tout ça existe déjà. Qu'on le renforce, très bien, qu'on donne un nouveau nom: +haute autorité+ à la place de +commission+... Voilà la grande percée conceptuelle de François Hollande! », a ironisé le député de l'Eure, faisant allusion à l'existence déjà d'une « commission sur la transparence de la vie politique ».

Le coprésident du Parti de gauche Jean-Luc Mélenchon, a lui estimé que le chef de l'État ne faisait que « recycler de vieux outils en inventant une loi des suspects ».

« L'opération de diversion continue. Concrètement, il n'y a toujours pas de réponse sur l'instrumentalisation de l'administration fiscale, qui est le sujet aujourd'hui », a réagi Christian Jacob (UMP), tandis que la présidente du FN Marine Le Pen (FN) a assuré que les mesures annoncées resteraient « des mots en l'air ».

L'interdiction du cumul d'un mandat parlementaire avec « certaines activités professionnelles pour prévenir tout conflit d'intérêts » a également enflammé les débats. Cette interdiction devrait aussi viser les avocats, et tout particulièrement les avocats d'affaires, selon Mme Vallaud-Belkacem. Concerné, comme plusieurs autres députés, le président de l'UMP Jean-François Copé a assuré avoir toujours « scrupuleusement veillé à ce qu'il n'y ait pas de conflits d'intérêts » entre ses activités de parlementaire et d'avocat d'affaires.

À l'Assemblée nationale l'ambiance était électrique, voire explosive, des députés UMP criant à la démission de Jean-Marc Ayrault accusé de perdre son sang-froid, en s'en prenant dans une pique au patron des députés UMP, Christian Jacob, qui l’avait traité de « repris de justice »… ce qui est vrai (voir « Ces élus PS trainés en justice »).

Le Premier ministre Jean-Marc Ayrault consultera jeudi à Matignon les présidents des deux chambres ainsi que les chefs de file des groupes parlementaires.
Avec AFP