lundi 25 février 2013

Un flic passe aux aveux, de Patrice Lastère


C
et ex flic, qui a commencé par la prestigieuse BRB, époque Mesrines et Action directe, a ensuite, un peu contre son gré d'ailleurs, fait 20 ans de sécurité publique. Il y a dirigé des petits commissariats de banlieue et c'est là où son témoignage est différent. Lui raconte tout, notamment les petits arrangements statistiques qu'on appelle les « chanstics ».
« On en marquait pas tous les cambriolages. C’est-à-dire qu’un vol dans une cave qui était quand même un cambriolage dès le moment où on avait cassé le cadenas et la porte, on le comptait comme vol simple. Alors que si on le compte comme cambriolage, les chiffres vont être en hausse. On triche, oui. J’ai pourtant connu des chefs de service qui se voulaient transparents et qui ont été obligés, il y a deux ou trois mois, de revenir malheureusement à la tricherie. »
Qu’il date d’une quarantaine d’années, ou d’une vingtaine d’année ou même de six moins ou d’une semaine, le discours sur la paupérisation de la police n'a jamais changé. Voitures où l'eau de pluie s'infiltre, ou pire, pas de voiture du tout, ordinateurs vieillots, logiciels dépassés, pas de photocopieuse, etc. Patrice Lastère a un discours a priori très classique. Sauf que lui ne s'arrête pas là, et raconte les combines obligatoires.¢

« Heureusement que vous connaissez certaines personnes chefs d’entreprises qui eux, sont susceptibles de vous apporter ce petit matériel. Alors comment remercier ces chefs d’entreprise ? Eh bien quand ils ont éventuellement une amende sur un feu rouge ou un stationnement, vous faites en sorte de lui rendre ce service. Et ce sont des personnes qui parfois, peuvent essayer de vous avoir à la pogne, comme on dit. Et ce n’est pas simple de savoir à quel niveau s’arrêter. »

PATRICE LASTÈRE A UN REGARD UN PEU DÉSABUSÉ SUR SON MÉTIER

Il a le sentiment qu'aujourd'hui, la police est constituée de -les mots ont un sens- de « fonctionnaires de police », et plus de « flics ».
« Je suis rentré en 1974 avec la foi, pour faire de la police. On ne regardait pas nos heures, on ne regardait pas si on allait avoir des problèmes avec maman et ses enfants. En tant qu’officiers, quand les jeunes entraient dans la police les premières, questions qu’on vous posait, c’était ‘quels sont les horaires et est-ce que je pourrai avoir juillet ou août?... et je m’apercevais souvent qu’à 18h30, beaucoup de mes collègues partaient pour aller acheter la baguette de pain pour bobonne. Tout le monde n’est pas comme ça, il y a encore des flics. Le problème, c’est qu’on les écœure. »
Dans « on les écœure », « on », c'est les politiques, la hiérarchie, les citoyens, nous tous. Patrice Lastere parle pas mal aussi des ripoux, petits et grands. Un flic passe aux aveux, c'est un peu, en ce lendemain de Saint-Valentin, une histoire d'amour déçu où l'amoureux éconduit -mais pas aigri- hésite entre se souvenir des jours heureux ou du quotidien avec, parfois, les assiettes qui volent contre les murs.
Patrice Lastère: « Il faut créer un ministère de la police. »¢
Avec Europe1