samedi 16 février 2013

EN DIRECT DU MALI, par Manuel Gomez



V
oici les toutes dernières informations,  très fiables  sur notre intervention au Mali, reçues 5/5 directement de sources sur le terrain. Nous reviendrons demain sur les problèmes qui nous attendent à présent au Nord-Mali et sur la suite des opérations.
Tout d’abord une première précision :
Il faudrait déjà commencer par utiliser en France les mots justes comme islamistes ou djihadistes et ne pas parler de guerre contre des « terroristes » afin d’éviter de froisser les musulmans, et ne pas passer sous silence les pertes importantes que nous leur avons infligées. ¢


Il ne s’agit pas de « terroristes » que nous combattons au Mali mais de soldats qui se réclament du djihad (un courant extrémiste de l’Islam). Ils appartiennent à deux mouvements  (AQMI et MUJAO)  et sont composés en très grande majorité de non-Maliens  mais d’Algériens, de Libyens, de Mauritaniens, etc.

Ø  Profitant de la rébellion des Touaregs contre le pouvoir central de Bamako et ayant été chassés suite au conflit libyen, les djihadistes se sont associés au MNLA afin de les aider à chasser l’armée malienne du Nord-Mali, l’Azawad.
Ø  Ils se sont ensuite retournés contre ce même MNLA afin de poursuivre leur politique de conquête totale du Mali, dont ils voulaient faire un État islamiste, régi par la « charia ».

Une partie importante de MNLA a rejoint puis épousé la cause des islamistes en se regroupant sous une nouvelle entité « Ansar ed dine ».
Notre intervention et nos succès initiaux ont provoqué le ralliement du MNLA à notre cause et a permis l’éclatement d’Ansar ed dine.

Aujourd’hui les Touaregs sont prêts à reprendre le combat à nos côtés contre les envahisseurs djihadistes… mais jusqu’à quand ?

Notre armée a fait un « sans faute », libérant facilement le sud Mali jusqu’au fleuve Niger en occupant à nouveau Tombouctou, Gao et Kidal. Tout cela, il est vrai, devant des djihadistes refusant le combat.

Mais cela nous a permis également de constater des insuffisances inacceptables en matière d’intendance (transport, ravitaillement en vol, renseignements, etc.) et surtout la vétusté de certains de nos matériels. Par exemple les hélicos Gazelle non blindés, ce qui a provoqué la mort d’un de nos pilotes.


À présent nous allons nous trouver confronter à une nouvelle guerre :
Ø  Détruire les reliquats d’AQMI retranchés dans les zones rocheuses de l’Adrar des Iforas, où ils sont quasiment inexpugnables et prêts à mourir tout en jouant au chantage avec nos otages qui leur serve de bouclier humain, sauf pour les groupes ayant déjà réussi à rejoindre le sud libyen où règne une totale anarchie.
Ø  Les djihadistes, encore en nombre de 2000 à 2500, ont perdu beaucoup de véhicules, de logistiques et de dépôts de munitions.

Ce combat nous le mènerons avec l’aide des Touaregs qui connaissent le terrain mais nous craignons qu’il n’entraîne de grosses pertes dans nos troupes.

Jusqu’à aujourd’hui les civils et les politiques ont pu jouer aux « chefs de guerre » puisque faute d’ennemis tout s’est déroulé d’une manière parfaite.
Mais qu’en sera-t-il dorénavant, alors que la scène va se développer sur un autre théâtre d’opérations ?

Ø  Ce sont tout d’abord les rapports Nord/Sud qu’il va falloir traiter. Les Touaregs sont désormais nos « alliés » et les Maliens également. Mais les deux camps s’opposent et, pour  les Maliens, notre alliance avec les Touaregs n’est pas la bienvenue. Il ne faut pas oublier que la fracture a été provoquée par ces derniers qui ont aidé l’invasion islamiste.
Ø  Pour le Mali le Touareg est le coupable.

Pour le moment nous nous interposons entre les deux camps. Nul ne peut savoir la suite des évènements, c’est-à-dire ce qui se passera quand nous nous retirerons et laisserons les forces de la CEDEAO gérées les zones libérées.

Ces forces sont essentiellement des ethnies noires et l’on ne peut présager leur comportement vis-à-vis des Touaregs et des Maures.

Ce problème existe depuis des décennies et s’étend des rivages atlantiques de la Mauritanie jusqu’aux sables du désert Libyen, englobant le Mali, le Tchad et le Niger.

La prochaine zone qui verra se développer leur théâtre d’opération sera très probablement le Sud Libyen, un retour aux sources en quelques sortes. Nous n’aurons ni la possibilité ni les moyens d’intervenir militairement. Qui donc le fera à notre place ?

Seuls les musulmans maghrébins et noirs peuvent se mobiliser pour enfin combattre ce « wahhâbisme » intolérant et meurtrier car, et on ne peut que le constater, c’est lui qui prend le contrôle lors de chaque nouvelle « révolution », à laquelle nous applaudissons.

Ø  La colonisation avait réussi à « geler » ce problème sans le résoudre et interdit l’affrontement direct entre les populations. Depuis notre départ a recommencé cette guerre entre « blancs » du Nord et « noirs » du Sud.

Quant aux djihadistes d’AQMI et du MUJAO, ces soldats d’un islam extrémiste né en Arabie Saoudite, le « wahhâbisme », qui se fonde sur une application littérale de la « charia », et qui s’est développé grâce à la manne dispensée généreusement et par l’Arabie Saoudite et par le Qatar,  a joué, et joue, un rôle important dans la suite du  déroulement des « printemps arabes » en Tunisie, Égypte, Libye et Syrie. La poursuite  d’une infiltration  constante  en Algérie et au Maroc permise par ce système fait craindre à ces pays  la contagion.

Ce n’est pas encore le cas en France, qui accueille chaleureusement cette finance sans en connaître vraiment  la stratégie.

Puisque nous ne pouvons défendre ces pays contre ce « wahhâbisme » destructeur d’humanité, gardons-nous de lui permettre de pénétrer insidieusement à l’intérieur de nos frontières.¢