mercredi 20 février 2013

Échiquier politique – par Alain de Charente


E
n France, l'échiquier politique est particulièrement riche, bien fourni, diversifié, et nombreuses sont les sensibilités qui y sont représentées et qui s'y côtoient. Ce large panel devrait donc en théorie pouvoir répondre aux attentes de chacun mais avec pour inconvénient de proposer trop d'alternatives, de subtilités, de variantes qui font que c'est un labyrinthe où il est plus facile de se perdre et de se tromper d'adresse que de trouver son chemin.¢

Gauche
Droite
Depuis plusieurs décennies deux grandes lignes s'affrontent et rivalisent pour l'emporter lors des rendez-vous électoraux, la Droite et la Gauche qui, au gré des alternances, se partagent tour à tour la gestion du pouvoir. Lorsque le pays est gouverné à gauche, le peuple souhaite rapidement passer à droite et inversement quelques années plus tard. C'est sans doute la définition de la cohérence nationale et la traduction de l'adage qui dit que l'herbe est toujours plus verte dans le pré d'en face.

Mais au-delà de ces deux tendances majeures, nous avons vu émerger au fil du temps des ramifications qui se sont greffées, à commencer par des extrêmes (chaque courant possède le sien baptisé « Front »), des ailes qualifiées de « dures » mais accueillies avec bonhomie et tolérance pour l'une et opprobre et rejet pour l'autre... Puis un centre qui aurait du en toute logique se situer au milieu, mais qui peut avoir une géométrie variable et excentrée puisque l'on parle aussi d'un centre droit et d'un centre gauche (il existe aussi un ¾ centre mais celui-ci est hors sujet car n'a strictement rien à voir).

Notons également la présence plus récente d'une branche « vert kaki » qui a politisé l'écologie à tel point qu'aujourd'hui se dire écologiste ne signifie plus forcément chercher à préserver la nature, l'environnement, le cadre de vie et le doux gazouillis des oiseaux, mais aussi militer pour la régularisation des sans-papiers, l'hébergement à l'hôtel et les soins des clandestins, l'accueil de tous les déshérités de la planète avec, en cadeau de bienvenue, un droit de vote estimé légitime... ce qui ne correspond pas forcément à l'idée basique et xénophobe que l'on peut se faire de la lutte contre les marées noires, la pollution, la sauvegarde de la planète.

Il ne faut pas oublier non plus les mouvances marginales représentées par les anarchistes, les communistes et autres fascistes, royalistes, indépendantistes, qui viennent compléter un arbre généalogique déjà chargé, mais qui ont aussi leurs adeptes et donc leur clientèle.

Mais comme il est plus facile de faire compliqué que de faire simple, nous avons également introduit les notions d'alliance, d'union, d'accord local, de rapprochement opportuniste, de tractations, parfois antinomiques, tout en constatant toutefois que ces manœuvres politiciennes ne s'effectuent pratiquement que du côté gauche de l'échiquier, la stratégie à droite étant de s'opposer avec véhémence à toute éventuelle « compromission » qui  signifierait perdre son âme en envisageant des arrangements contre nature en raison de valeurs qui ne seraient pas partagées.

Au sein même de chaque mouvement, en particulier les deux plus importants, nous pouvons aussi constater qu'il existe des sous-familles qui peuvent faire entendre des voix discordantes, avec pour la droite les humanistes, les progressistes, les populaires, ceux qui revendiquent la « droitisation » et ceux qui s'y opposent, et pour la gauche, les  conservateurs, les radicaux, les rénovateurs. Et dans chaque camp, les éternels utopistes qui font face aux réalistes, auxquels s'ajoutent dans un souci de simplification les « divers » droite et « divers » gauche.

Bref un vaste vivier ou plutôt une fourmilière grouillante qui doit cohabiter avec plus ou moins de bonheur pour tenter de rassembler dans chaque chapelle le maximum de brebis dont un certain nombre seraient paraît-il égarées, désemparées, désabusées, à la recherche d'un refuge, d'une famille d'adoption, d'un parti auquel se raccrocher.

E Au vu de ce constat, il peut sembler nécessaire de ne plus parler d'échiquier, même si ce terme suppose la présence d'un fou et de pions, mais plutôt d'un patchwork ou d'un kaléidoscope multicolore puisque les tendances politiques sont différenciées par des couleurs qui vont du rose pâle au noir foncé, en passant par toute une déclinaison chromatique plus ou moins harmonieuse.¢