mercredi 23 janvier 2013

Les islamistes ne cherchaient que les Chrétiens

Les témoignages poignants des rescapés affluent après le dénouement de la prise d'otages islamiste à In-Amenas, en Algérie.
Trente-sept otages étrangers tués. C'est le bilan du Premier ministre algérien Abdelmalek Sellalde après la prise d'otages menée par des islamistes sur un site gazier d'In Amenas, en plein désert algérien, la semaine dernière.
Ils ne seraient en effet que quelques dizaine d'occidentaux à avoir échappé aux balles des terroristes, mais peut être aussi à celles de l'armée algérienne, dont l'assaut mené pendant plus de trois jours s'est transformé en une véritable boucherie.

Un Français, Yann Desjeux, ancien militaire devenu restaurateur, aurait été tué dans les combats et trois autres auraient eu la vie sauve. L'un deux, Alexandre Berceaux, rapatrié dimanche en France, a commencé à livrer son témoignage comme d'autres otages roumains, britanniques, norvégiens ou américains dont les récits donnent la mesure de l'horreur qu'ils ont vécu.
L'air hagard face aux journalistes qui l'attendaient à Pagny-sur-Moselle, le village de ses parents en Meurthe-et-Moselle, Alexandre Berceaux a résumé ses 40 heures de captivité en un mot : "horrible". Caché sous le lit de sa chambre, il a passé deux jours à entendre les coups de feu et à se poser des questions sur ce qu'il se passait à l'extérieur.
« Je croyais que j'en prendrai plein la tête », a-t-il avoué en conférence de presse, expliquant avoir « entendu des tirs à quelques mètres », à longueur de journées, un peu moins la nuit. Il a décrit la succession de la peur, du froid, des bruits après que l'alarme du site gazier a retenti très tôt mercredi matin.
Le début d'un long calvaire : d'abord, comme beaucoup, il n'a aucune idée de ce qui se passe dans cette vaste installation composée d'une usine mais aussi des zones d'habitation des salariés. Puis vient la description des fusillades : « ça tirait partout », explique celui qui a la conviction que « tout le monde était en danger ». Dès le départ, il explique avoir eu le réflexe de dissimuler ses papiers et notamment son passeport. Il fallait dit-il « cacher qui j'étais ».

« VOUS N'AVEZ RIEN À FAIRE DANS CETTE HISTOIRE, VOUS ÊTES ALGÉRIENS ET MUSULMANS »

Car ce sont bien les Français et de manière plus générale les Occidentaux qui étaient visés. Un Algérien employé sur le site a raconté le sort cruel d'un Britannique menacé par les preneurs d'otages. Une arme pointée sur lui, il sera contraint d'appeler ses collègues anglais. « Sortez, sortez, ils ne vont pas vous tuer. Ils cherchent des Américains », lui aurait-on fait dire avant de l'abattre quelques minutes plus tard.
D'après plusieurs témoignages de ce type, les expatriés étaient particulièrement ciblés. « Les terroristes nous ont dit : 'vous n'avez rien à faire dans cette histoire, vous êtes algériens et musulmans. On va vous relâcher' », a déclaré à l'AFP un chauffeur algérien. Un autre Algérien a expliqué au journal anglais Mail on Sunday que les terroristes ont « rassemblé les expatriés, les ont fait mettre en cercle et ils leur ont tous mis des explosifs autour du cou » avant de laisser les locaux en paix. « Nous autres Algériens, nous étions regroupés à part et nous étions traités avec bienveillance. Ils nous ont dit que nous ne serions pas tués car nous étions musulmans et qu'ils ne cherchaient que les chrétiens », a-t-il ajouté.
De nombreux rescapés occidentaux ont d'ailleurs salué le courage de leurs compagnons algériens, qui ont continué à les informer et les ravitailler sans dévoiler leur présence aux ravisseurs. Le Français Alexandre Berceaux estime que les Algériens qui lui ont rendu visite ont pris des risques énormes pour le ravitailler.
Un Britannique, Alan Wright, a particulièrement rendu hommage à ses collègues, estimant avoir une « dette éternelle à leur égard ». Lui a pu s'enfuir avec une poignée d'expatriés après être resté caché près de 30 heures dans un bureau. Des employés algériens étaient parmi eux, ils auraient pu sortir et dévoiler leur cachette aux ravisseurs. Ils n'en ont rien fait.
« Les Algériens pouvaient se déplacer librement. Alors, on se disait : 's'ils sortent, ils vont leur demander d'où ils viennent et ils vont venir fouiller ici' », a expliqué Alan Wright. « C'était ma plus grande crainte: qu'ils se rendent et que nous soyons pris ». Puis l'Ecossais de 37 ans de conclure : « Je ne pourrai jamais assez dire de bien de ces gars qui étaient avec nous dans ce bureau et qui avaient la possibilité de se rendre et d'être en sécurité, mais qui ont décidé de rester avec nous et de nous aider à nous échapper ».
L’Internaute (posté par Jean-Claude)