lundi 7 janvier 2013

Des ministres bientôt virés ?


L'équipe de Jean-Marc Ayrault semble mal armée pour affronter une nouvelle année de crise. À l’heure d’affronter l’annus horribilis 2013, la hausse du chômage et le risque de tensions sociales, le gouvernement cherche toujours son unité. Certains ministres régaliens sont en conflit larvé avec Matignon, d’autres fragilisés par leur situation personnelle. Rares sont les personnalités capables de défendre l’ensemble.
"Nous n’avons que des tête-à-tête avec Ayrault. Il n’y a pas de travail collectif, pas d’émulation", déplore un ministre de premier plan. Des séminaires ont pourtant eu lieu, par exemple sur la compétitivité, les dépenses de l’État ou la pauvreté. Les décisions étant prises avant, certains avouent y avoir trouvé le temps long. "Il n’y a pas d’ambiance", entend-on souvent.


Pis, au lieu d’être résolus, des conflits s’enlisent, comme avec Arnaud Montebourg. Quelques ministres reprochent au chef du gouvernement et à son cabinet un "caporalisme" qui contribuerait davantage à durcir le climat qu’à souder une équipe. Cette semaine, le directeur de cabinet de Marisol Touraine et celui de Vincent Peillon ont été priés de partir. Auparavant, Marylise Lebranchu avait, elle aussi, dû se séparer de son principal collaborateur. Revue des forces et faiblesses d’un gouvernement pléthorique.

LES FRAGILES

Jérôme Cahuzac. Tout avait bien commencé pour l’ancien chirurgien et boxeur confirmé. À un poste ingrat, celui du Budget, Jérôme Cahuzac a mis en musique la « rigueur de gauche » sans trembler et s’est imposé dans l’Hémicycle comme le meilleur orateur du gouvernement face à la droite, les députés PS le gratifiant de standing ovations. L’affaire de son compte en Suisse présumé, selon les accusations de Mediapart, le place sur un siège éjectable tant que l’établissement helvétique UBS n’aura pas fait la lumière sur l’existence – ou non – du compte occulte.

Christiane Taubira. Elle est vite devenue la tête de Turc de la droite en annonçant la suppression des tribunaux correctionnels pour mineurs. La ministre de la Justice doit porter l’an prochain au Parlement le projet de loi sur le mariage pour tous. Victime d’un malaise en août, elle est l’objet d’une rumeur qui la donne partante du gouvernement. Ses relations avec son directeur de cabinet, Christian Vigouroux, semblent s’être dégradées. Elle serait nommée au Conseil constitutionnel, où trois sièges sont renouvelables en mars.

Pierre Moscovici. Il est l’un des ministres les plus qualifiés du gouvernement, un pédagogue hors pair et un fervent militant des réformes. Mais l’ancien directeur de campagne de François Hollande a vu l’Élysée accaparer les principales décisions de politique économique tout en lui reprochant parfois sa prudence. En outre, les proches du Président plaident pour son élection à la présidence de l’Eurogroupe, alors qu’il assure ne pas vouloir du poste.

LES MAL-AIMÉS

Arnaud Montebourg. Le cas du ministre du Redressement productif est le plus emblématique. Ayrault l’a désavoué devant les caméras à l’issue des négociations avec Mittal, Montebourg s’est permis de tancer le Premier ministre en l’invitant à être "plus ferme" face à l’industriel indien. L’hostilité est consommée. Résultat, le chantre de la nationalisation est devenu un héros pour les classes populaires, qui se défient de ses chefs. Sa cote personnelle grimpe. Mais elle n’est que personnelle.

Marisol Touraine. La ministre des Affaires sociales et de la Santé mène à bien la rigueur à la Sécurité sociale, elle a bouclé un accord sur les dépassements d’honoraires avant d’endiguer la colère des internes. Or elle se voit reprocher son travail en liaison directe avec l’Élysée et ses critiques sur Jean- Marc Ayrault publiées dans la presse. Matignon l’a sommée de se séparer de son directeur de cabinet, Jean-Luc Névache, arguant l’incompétence. Il était pourtant très apprécié.

Cécile Duflot. La ministre verte, en charge du Logement, a déploré dès l’été un manque de soutien de Jean-Marc Ayrault et le diktat budgétaire de Bercy. Plus récemment, les accrochages se sont multipliés avec Manuel Valls. "Les forces de l’ordre sont à Notre-Dame-des-Landes", lui annonce le ministre de l’Intérieur droit dans les yeux. "Vas-y, tue un ou deux manifestants pour montrer que tu es fort", a-t-elle rétorqué. Un autre jour, elle comprend que Valls a eu connaissance du vol de son portable. "Comment le sais-tu? Je suis sur écoute aussi?", lui demande-t-elle.

Vincent Peillon. Son directeur de cabinet est le dernier en date à avoir été débarqué du gouvernement. Récemment, le ministre de l’Éducation nationale s’est avancé un peu vite sur une augmentation du traitement des profs. Dès son arrivée, il avait annoncé, avant Matignon, la fin de la semaine de quatre jours à l’école puis s’est prononcé pour un débat sur la dépénalisation du cannabis. Ayrault a menacé de le sortir du gouvernement à la prochaine échappée en solo.

LES PILIERS

Manuel Valls. Principal atout de Hollande, le ministre de l’Intérieur enregistre 72 % d’opinions favorables (+ 5 points) dans le dernier tableau de bord Ifop-Paris Match, dont il occupe la première place. L’artisan de la victoire du candidat PS à la présidentielle continue de récolter les fruits de sa politique de fermeté face à l’immigration, malgré les vagues de crimes à Marseille et en Corse.

Michel Sapin. Le ministre du Travail réalise un sans-faute en dépit de l’explosion du chômage. Sa grande conférence sociale de juillet est devenue un modèle pour les autres ministres. Très proche de François Hollande, au fait de tous les arbitrages, Sapin est l’un des rares membres du gouvernement à pouvoir expliquer la stratégie de l’exécutif dans tous les domaines. Il a mis son expérience (trois fois ministre sous Mitterrand et Chirac) au service des autres, apprenant par exemple aux novices comment se comporter à l’Élysée.

Bernard Cazeneuve. L’ex-maire de Cherbourg, ministre délégué aux Affaires européennes, a gagné ses galons en faisant adopter au Parlement le traité européen instaurant la règle d’or sur les comptes de l’État, que le PS et François Hollande avaient combattue quand Sarkozy la défendait.

Autre proche de François Hollande, Stéphane Le Foll (Agriculture) est un relais du Président dans les médias. Comme Jean-Yves Le Drian (Défense), il se fait respecter dans un secteur réputé favorable à la droite.
Le JDD