dimanche 2 décembre 2012

Hollande veut offrir les clés d’Alger, prise de guerre, à Bouteflika

Photo 1

Lors d’une récente exposition consacrée à l’Algérie (1), les clés d’honneur d’Alger (photo 1) remises par le dey Hussein à l’armée française après la capitulation de la ville le 5 juillet 1830, et qui appartiennent au Musée de l’Armée à Paris, étaient présentées et se voyaient d’ailleurs reproduites dans le dossier de presse.
Ces objets, aux réelles qualités artistiques et à la forte symbolique, restèrent en dépôt dans les musées d’Alger jusqu’à l’indépendance, date à laquelle ils furent rapatriés avec une partie des collections en métropole et inscrits sur l’inventaire du Musée de l’Armée. Il s’agit donc de trésors nationaux, inaliénables.


Or, le ministère des Affaires Étrangères, qui semble considérer nos musées comme un réservoir de cadeaux diplomatiques, a décidé unilatéralement, sans d’ailleurs que l’Algérie ne fasse à ce propos aucune demande, que le Président de la République française, François Hollande, devait offrir ces clés à l’Algérie lors du voyage officiel qu’il y fera les 19 et 20 décembre prochain (2).

Photo 2
Le 17 novembre 2002 pourtant, était passés en vente chez Osenat à Fontainebleau un ensemble de souvenirs provenant du Maréchal de Bourmont qui, alors général, avait pris la Casbah d’Alger. On y trouvait notamment le sceau du dey (photo 2) mais également deux autres clés (photo 3), considérées comme des clés de la Casbah. Ces objets furent achetés par l’Élysée et l’année suivante le président Jacques Chirac, lors d’une visite officielle en Algérie, offrit le sceau à Abdelaziz Bouteflika. Il ne s’agissait pas d’objets appartenant à un musée et il n’y avait donc rien de contestable (Ndlr FPI-Le Gaulois : sur le plan légal du moins, car il en va tout autrement sur le plan symbolique).

L’Élysée n’ayant pas répondu à nos questions, nous ne savons pas ce que sont devenues les clés acquises en 2002. Peut-être considère-t-on que leur qualité artistique inexistante n’en fait pas un bon cadeau diplomatique et que c’est pour cette raison que les Affaires Étrangères ont jeté leur dévolu sur les très belles clés d’apparat conservées par le Musée de l’Armée.

Photo 3
On imagine ce qu’il adviendrait de ses collections s’il fallait désormais « restituer » - au mépris d’ailleurs des lois françaises et des conventions internationales - les prises de guerre historiques à leur nation d’origine. Imagine-t-on la nef des Invalides privée de ses drapeaux ?

Rappelons donc au ministre des Affaires Étrangères et au Président de la République qu’ils ne sont pas au-dessus des lois et que les objets appartenant aux musées sont inaliénables et imprescriptibles. Certes, il existe une procédure de déclassement. Mais d’une part celle-ci n’a pas été menée, et d’autre part elle est soumise à l’avis d’une commission scientifique dont il est peu probable qu’elle donne son accord à un tel projet.

On se rappelle que Nicolas Sarkozy, naguère, avait « rendu » de manière tout aussi illégale des manuscrits coréens, sous la forme d’un pseudo-dépôt qui n’était en réalité qu’une restitution déguisée. Si le fond de l’affaire est comparable, remarquons que dans le cas des clés d’Alger, contrairement aux manuscrits, le pays d’origine ne les réclame pas. Et que leur mode d’acquisition n’avait rien de contestable puisqu’il ne s’agit pas d’un pillage (même si par la suite la ville fut mise à sac) mais bien de la conséquence d’une reddition, un fait historique dont il est possible de regretter les conséquences mais dont on ne peut contester qu’il a eu lieu. Les œuvres des musées français appartiennent à tous les français. Ils ne peuvent servir de cadeaux diplomatiques.

Notes
1Algérie 1830-1962 avec Jacques Ferrandez, Paris, Musée de l’Armée, du 16 mai au 29 juillet 2012.
2. Nous avons sollicité le Musée de l’Armée, le ministère des Affaires Étrangères et l’Élysée. Le premier n’a pas voulu nous répondre, le deuxième nous a renvoyé vers l’Élysée que nous avons appelé mais qui n’a donné aucune suite à notre demande d’explication.
Didier Rykner pour « la Tribune de l’Art », vendredi 30 novembre 2012