mercredi 5 décembre 2012

Florange : l'intersyndicale demande des comptes à Matignon


L'intersyndicale de Florange se rendra ce soir à Matignon pour être reçue par le Premier ministre Jean-Marc Ayrault. Au programme des discussions : l'accord signé le vendredi 30 novembre entre le gouvernement et ArcelorMittal sur l'avenir des hauts-fourneaux.
Les syndicats doutent encore beaucoup de son efficacité et de l'engagement réel du sidérurgiste. L'ambiance de ces discussions risque d'être tendue. Jusqu'à hier encore, certains syndicalistes laissaient planer le doute sur leur intention de se joindre aux discussions, tant leur confiance dans cet accord est fragile.


Seul point positif, les 629 salariés des hauts-fourneaux seront reclassés sur la base exclusive du volontariat.
D'autre part, les hauts-fourneaux resteront en activité puisque le site poursuivra le packaging (production de canettes et boîtes de conserve). Mais pour cela, certaines opérations amont et aval seront transférées d'autres sites français d'ArcelorMittal à celui de Florange, notamment de ceux de Basse-Indre en Loire-Atlantique et d'Ebange, à côté de Florange. « On déshabille Pierre pour donner à Jacques. Ce n'est pas ce que nous voulons en tant que syndicalistes. Tous ces gens sont nos collègues et cette solution n'est pas satisfaisante », colère Walter Broccoli, délégué de Force ouvrière (FO) à Florange. Cette activité packaging sera maintenue cinq ans.
ArcelorMittal s'est aussi engagé à investir 180 millions d'euros dans le site de Florange. Une promesse qui laisse sceptique les syndicats : « Dans une entreprise comme la nôtre, il y a des investissements minimum prévus tous les ans. Et lorsque l'on regarde sur cinq ans, cela équivaut à cette somme alors je ne comprends pas trop ce que sont ces 180 millions », ajoute Walter Broccoli.

ULCOS, OU COMMENT SAUVER L'HONNEUR

ArcelorMittal attend aussi de savoir si Florange obtiendra le projet Ulcos, qui en ferait un site pilote pour le captage et l'enfouissement du CO2. Cette nouvelle technique est au cœur du plan de sauvetage.
Mais rien n'est assuré. D'abord, la réalisation du projet dépend d'une décision de la Commission européenne qui sera rendue le 20 décembre. Florange est en compétition avec trois autres sites européens.
D'autre part, il s'agit d'un projet de production d'acier propre, hautement expérimental. D'ailleurs, dans l'accord, le sidérurgiste marche sur des œufs puisqu'il stipule que « l'état actuel des résultats de la recherche ne permet pas de passer directement sur le démonstrateur industriel de Florange. »
« Le gouvernement, au dernier moment, a essayé d'obtenir que le groupe ne ferme pas complètement la porte sur le projet Ulcos. Mais quand on lit entre les lignes, c'est "peut-être, si la situation économique s'améliore", et ce n’est pas pour 2014 mais plutôt pour 2017-2018. Donc c'est un coup sorti du chapeau pour que le Premier ministre s'en sorte le mieux possible », déplore Xavier Lecoq de la CFE-CGC.

L'AVENIR DE LA SIDÉRURGIE FRANÇAISE

Les syndicats voudraient donc qu'à Matignon l'avenir du secteur sidérurgique soit réellement abordé. Pour l'heure, l'accord de vendredi ressemble à un pansement plus qu'à un plan industriel d'envergure. « Clairement, c'est une rustine, une négociation avec un grand groupe qui peut adoucir la transition mais qui ne remet pas la sidérurgie française sur une trajectoire de long terme avec un projet qui s'inscrit dans une cohérence nationale. Basculer sur une nouvelle technologie représente de très lourds investissements. Remettre en place une filière, c'est redéfinir toute la chaîne et c'est probablement avoir un plan national et européen », explique Olivier Passet, directeur de la synthèse économique du cabinet d'études Xerfi.
Le Canard enchaîné révèle ce mercredi 5 décembre qu'ArcelorMittal devrait couper l'alimentation en gaz des hauts-fourneaux à l'issue de la procédure légale, c'est-à-dire fin mars. Une fois refroidis, les hauts-fourneaux seront condamnés.
Avec RFI