vendredi 28 décembre 2012

Des enseignants de l'Utah se forment au maniement des armes


Pendant que chez nous beaucoup d’enseignants se tirent une balle dans le pied, quelque 200 enseignants de l'Utah viennent de suivre une formation au maniement des armes à feu dispensé par des professeurs de tir. Ils se disent convaincus qu'armer les enseignants est un moyen d'éviter que ne se reproduise une tragédie semblable à la tuerie de Newtown, dans le Connecticut.


Habituellement, cette formation annuelle organisée par l'Utah Shooting Sports Council attire une quinzaine d'enseignants seulement. Mais cette année, les demandes d'inscription ont afflué et les organisateurs n'ont pu en accepter que 200 du fait de capacités d'accueil limitées.

Parmi eux, Kasey Hansen, enseignante à Salt Lake City, la capitale de l'Utah. "J'ai l'impression que je pourrais prendre une balle à la place d'un de mes élèves", confie-t-elle à Reuters.

Mais après cette formation, elle ajoute: "Si nous devions un jour être confrontés à un tireur comme celui du Connecticut, je serais absolument prête à riposter avec mon arme à feu."

Elle projette d'acheter rapidement une arme et de l'amener avec elle à l'école de district où elle enseigne.

DES GARDES ARMÉS DANS CHAQUE ÉCOLE
En ouvrant le feu le 14 décembre dernier dans l'école primaire Sandy Hook de Newtown, Adam Lanza a tué 26 personnes, dont douze fillettes et huit petits garçons âgés de six et sept ans. Il a aussi relancé un débat national sur le droit, garanti par le Deuxième Amendement de la constitution, de détenir des armes à feu.

Barack Obama a apporté son soutien à une proposition de la sénatrice démocrate Dianne Feinstein visant à rétablir l'interdiction des armes d'assaut qui fut en vigueur entre 1994 et 2004.

En face, la National Rifle Association (NRA), le puissant lobby de l'industrie des armes à feu, a rejeté toute mesure visant à renforcer le "gun control" et s'est prononcée pour la présence de gardes armés dans chaque école.

"Le seul moyen d'arrêter un méchant armé d'un revolver, c'est un gentil armé d'un revolver", a expliqué la semaine dernière Wayne LaPierre, le président de la NRA, lors de sa première intervention en public après la tuerie de Newtown, présentant un projet de "bouclier national scolaire".

L'Association nationale de l'éducation, de même que plusieurs responsables académiques, se sont élevés contre ce projet. Dans certains Etats, en revanche, notamment dans l'Ouest américain où la chasse et le tir sportif sont particulièrement prisés, il a reçu un accueil positif.

L'Utah est l'un des rares Etats du pays dont la législation autorise des enseignants ayant une licence de port d'armes à venir armés à l'école, selon la National Conference of State Legislatures.

DES POLICIERS ÉTAIENT PRÉSENTS AU LYCÉE COLUMBINE
En Arizona, l'Attorney General (ministre de la Justice) Tom Horne a proposé mercredi que son Etat adopte des dispositions similaires. Il suggère que chaque école soit habilitée à former et à armer son directeur ou un autre membre du personnel.

"La solution idéale serait d'avoir un officier de police armé dans chaque école (...) Cependant, du fait de considérations budgétaires, les autorités ont dû réduire ce programme. Du coup, la meilleure solution disponible serait d'avoir dans chaque école une personne formée au maniement des armes à feu afin de faire face aux situations d'urgence", a-t-il expliqué, en comparant son projet à ce qui se fait dans certaines compagnies aériennes.

Pour les avocats d'un renforcement du contrôle sur les armes, armer les enseignants revient à se tromper de perspective.

"Nous pensons qu'il est beaucoup plus sensé d'éviter qu'un tireur ne se procure une arme", a déclaré Kristen Rand, du Violence Policy Center (VPC) de Washington.

Réagissant à la proposition de la NRA, ce centre d'études avait rappelé que la solution de gardes armés dans les écoles a déjà été testée et qu'elle n'a pas fonctionné: "Il y avait deux agents de police armés au lycée Columbine lorsque l'attaque menée par Eric Harris et Dylan Klebold a fait 15 morts et 23 blessés (en avril 1999). Ils ont fait feu à deux reprises sur Eric Harris pour tenter de stopper la tuerie mais sans succès parce qu'ils étaient dépassés par la puissance de feu des fusils d'assaut des deux adolescents", a déclaré Josh Sugarmann, le directeur du VPC, qui réclame l'interdiction à la vente des armes d'assaut de catégorie militaire et des chargeurs de munitions à haute capacité.
Avec Reuters