dimanche 7 octobre 2012

Une cellule islamiste radicale démantelée


L'un des auteurs présumés d'un attentat à la grenade contre une épicerie juive de la région parisienne a été tué à Strasbourg samedi lors du démantèlement d'une cellule islamique radicale, a annoncé le procureur de la République de Paris, François Molins.
Onze autres personnes ont été placées en garde à vue à l'issue d'opérations de la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI) et de la sous-direction anti-terroriste (SDAT) de la police judiciaire en région parisienne, sur la côte d'Azur - notamment à Cannes - et dans l'Est de la France.


"C'était la dernière des personnes ciblées par les opérations d'aujourd'hui", a-t-on précisé en début de soirée à Reuters de source judiciaire.
Ces opérations s'inscrivaient dans le cadre d'une enquête pour "association de malfaiteurs en lien avec une entreprise terroriste" ouverte après le jet d'une grenade défensive de fabrication yougoslave dans une épicerie juive de Sarcelles (Val-d'Oise) le 19 septembre. Un client avait alors été blessé.
"Ces investigations ont permis de mettre à jour un réseau, je dirais quasiment une cellule", a expliqué François Molins.
Outre l'homme de 33 ans abattu et dénommé Jérémie Louis-Sidney, l'enquête a permis d'identifier d'autres personnes, domiciliées principalement à Paris, Strasbourg, en Seine-et-Marne et dans les Alpes-Maritimes, en particulier à Cannes.
"Toutes ces personnes, nées en France et de nationalité française, sont en lien avec la mouvance radicale islamiste" et ont été interpellées samedi, a déclaré le procureur de Paris.
Elles sont nées dans les années 1980-1990 et pour certaines, au moins, récemment converties à l'islam. Mais rien ne laisse penser à ce stade qu'une ou l'autre d'entre elles auraient déjà combattu à l'étranger, de même que pour Jérémie Sidney.
Selon son collègue de Strasbourg, Patrick Poirret, Jérémie Louis-Sidney était l'un des deux auteurs présumés de l'attentat de Sarcelles et la principale cible de la SDAT et de la DCRI. C'est donc par lui que devait débuter les interpellations.

CONDAMNÉ POUR TRAFIC DE STUPÉFIANTS

"Jérémie Sydney est celui dont l'empreinte ADN a été identifiée sur la cuillère de la grenade lancée dans l'épicerie juive", a confirmé à Paris François Molins
Ce délinquant déjà condamné pour trafic de stupéfiants et converti à l'islam radical était "particulièrement déterminé", a précisé Patrick Poirret lors d'une conférence de presse. "Il s'était rasé la barbe. C'est, paraît-il, un signe de passage à l'acte et de volonté de mourir en martyr."
Il était établi dans le Sud de la France mais avait des attaches familiales du côté de Torcy, en Seine-et-Marne, où un homme armé d'un pistolet 22 LR prêt à tirer a été arrêté lors de l'opération de samedi alors qu'il revenait d'un lieu de prières.
Il était depuis quelques jours à Strasbourg, où il était venu voir l'une de ses deux compagnes, âgée de 22 ans, semble-t-il convertie à l'islam et mère d'un nourrisson d'un mois dont il était le père, dans le quartier de l'Esplanade, derrière le campus universitaire de la capitale alsacienne.
Lorsque la police a forcé à 06h00 la porte de l'appartement situé au quatrième étage d'un immeuble qui en compte neuf et décrit comme calme, il y avait aussi une fillette de six ans, née semble-t-il d'un autre père.
À leur arrivé, "les policiers de la brigade de recherche et d'intervention (BRI) se sont trouvés face à un individu debout, arme au poing, qui a ouvert le feu" et a vidé le barillet de son révolver de fort calibre, un magnum 357, a dit Patrick Poirret.
Quatre hommes de la BRI ont riposté et blessé mortellement Jérémie Louis-Sidney.

UN POLICIER BLESSÉ

Un policier a reçu des projectiles dans son gilet pare-balle au niveau du thorax et dans le casque et souffre d'une commotion au niveau du torse mais sa vie n'est pas en danger. Deux autres policiers n'ont été que "frôlés" par des projectiles.
Une enquête a été ouverte sur les conditions d'ouverture du feu sur Jérémie Louis-Sidney, a précisé Patrick Poirret.
Selon le procureur de la République de Paris, cet homme était connu de la DCRI depuis le printemps 2012 mais n'avait jamais été entendu par elle. "Il appartenait à un groupe soupçonné, mais sans certitude, de vouloir rejoindre les terres du djihad", a ajouté François Molins.
Trois des personnes placées en garde à vue ont, comme, lui des casiers judiciaires, pour faits de trafic de stupéfiants, de vol ou de violence, a précisé le procureur de Paris.
Des perquisitions ont permis la découverte d'élément confirmant l'appartenance d'au moins certains membres du groupe à la mouvance djihadiste, dont un exemplaire d'une publication d'Al Qaïda, plus de 27.000 euros en espèces, des munitions, une liste d'associations juives de la région parisienne, des testaments et du matériel informatique, a-t-il ajouté.
Jérémie Sidney avait lui-même rédigé un testament.
François Hollande a reçu samedi le ministre de l'Intérieur, Manuel Valls, pour discuter des opérations antiterroristes lancées le matin, a déclaré l'Élysée dans un communiqué.
"Le président de la République a confirmé la détermination entière de l'État à protéger les Français contre toutes formes de menaces terroristes", a précisé la présidence.
Selon le communiqué, le chef de l'État "a salué l'action de la police et demandé au ministre de l'Intérieur de prendre toutes les mesures de vigilance nécessaires".

MENACE TERRORISTE

En déplacement à Lille, dans le Nord, le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, a pour sa part décrit "une opération très sérieuse, d'envergure, lancée déjà depuis plusieurs semaines et qui vise à démanteler des réseaux terroristes".
Le ministre de l'Intérieur, Manuel Valls, a lui évoqué samedi soir sur TF1 l'existence d'une "menace terroriste" en France.
"Cette menace existe et cet islamisme radical, qu'il ne faut pas confondre, évidemment, avec l'islam de France, se nourrit de fantasmes, de haine à l'égard de notre pays, à l'égard des juifs de France", a-t-il insisté.
"Et donc il faut être conscient de cette menace (...) qui se nourrit aussi d'un contexte géopolitique", a-t-il ajouté. "Il s'agit-là de mettre hors d'état de nuire des terroristes, des apprentis terroristes qui passent à l'acte et qui peuvent passer à l'acte à tout moment."
Manuels Valls a estimé que la difficulté de lutter contre ces réseaux provenait du fait qu'ils ne venaient pas de l'extérieur.
"Il s'agit de réseaux qui sont dans nos quartiers, il s'agit de Français, de Français convertis, de Français musulmans", a souligné le ministre de l'Intérieur.
Avec Reuters