mardi 23 octobre 2012

Tunisie: les opposants ne veulent pas de la charia


On assiste depuis plusieurs semaines à une extrême polarisation de la scène politique en Tunisie. La situation s'est exacerbée la semaine dernière avec la proposition unilatérale du parti Ennahda d'organiser des élections le 23 juin.
Il faudra d'abord que les partis s'entendent sur la Constitution, le code électoral, et la commission électorale. « On en est loin », déplore Nejib Chebbi, député du parti républicain, un parti d'opposition qui compte une vingtaine de sièges sur les 217 de l'assemblée.


Le bilan est sombre. Un an après, l’assemblée est profondément divisée. L’alliance gouvernementale a vu ses deux composantes laïques partir en morceaux, et Ennahda est de plus en plus isolée. Pire, la violence politique sévit dans le pays. Et le 23 octobre n’est pas une fête, mais plutôt un moment grave qui pousse l’élite politique à s’interroger sur l’avenir du pays.

LYNCHAGE D’UN OPPOSANT

La semaine dernière, un opposant politique a été lynché à Tataouine. Membre de Nidaa Tunes, le nouveau parti de l’ancien Premier ministre Béji Caïd Essebsi, Lofti Naguedh a été tué lors d'affrontements après une manifestation organisée par les ligues de protection de la révolution, proches du parti islamiste Ennahda.
« Des miliciens ont appelé au meurtre des représentants de Nidaa Tunes, dénonce Taieb Baccouche, porte-parole de Nidaa Tunes. Ils ont dit expressément sur Facebook que ce n’était que le début ! Je suis parmi ceux qui sont menacés nominalement dans des journaux qui sont financés par des gens qui sont très proches du parti au pouvoir ! »
Plusieurs milliers de personnes ont défilé dans les rues de Tunis lundi pour protester contre la violence politique, à l’appel d’une coalition de gauche. Elles ont rejoint un autre cortège emmené par trois autres partis dont Nidaa Tunes, qui exige que les ministères régaliens soient confiés à des technocrates indépendants.

« ON DEMANDE LA LIBERTÉ D'EXPRESSION »

Ceux qui avaient fait campagne sur internet et battu le pavé pour obtenir le départ de Zine el-Abidine Ben Ali, ne partagent pas du tout cette analyse. À l’image de Makrem, informaticien et aux premières loges des manifestations anti-Ben Ali de janvier 2011, ils regrettent que les projets de loi qui visent à criminaliser les atteintes au sacré dominent le débat politique.
« On s’est révoltés pour la dignité, pour le travail et la liberté, pas pour le port obligatoire du niqab et la charia ! On demande la liberté d’expression, or elle est de plus en plus menacée. Les gens se sont appauvris. Cette Assemblée constituante, au lieu de créer une Constitution qui devrait être un modèle, cherche à créer de nouveaux problèmes pour détourner l’attention des Tunisiens qui souffrent de l’augmentation du chômage et des entraves à la liberté d’expression ».
Ennahda n'inscrit pas la charia dans les textes mais la société civile et l’opposition reprochent au parti islamiste sa complaisance vis-à-vis de groupes salafistes violents, qui ont occupé des centaines de mosquées, attaqué des débits de boissons et fait annuler des dizaines de festivals sans être inquiétés par la justice.
Avec RFI