lundi 15 octobre 2012

L’imposture du clivage gauche-droite – par Véronique Hervouet


Les politiques dites « de droite » et « de gauche »  ne sont plus aujourd’hui qu’une seule et même politique scindée en deux « sensibilités » :
-  la sensibilité dite « de gauche », qui prétend à la vertu dans les domaines économique et social mais qui, dans le champ des mœurs et de la culture, se flatte de pourfendre la morale, la censure, les valeurs et les normes parce qu’elles imposent des limites à la liberté et à la jouissance.
- et la sensibilité dite « de droite » qui se manifeste par l’inversion de ces postulats : un reliquat de conservatisme moral et normatif  (dans une large mesure émoussé par le passage du souffle libertaire soixante-huitard, qui touche aujourd’hui l’ensemble des générations)  affecté sélectivement au domaine des mœurs.


Tandis qu’un libéralisme débridé est préconisé dans le champ économique et social : liberté des « marchés » et capitaux nécessitant l’abstinence de l’autorité de l’État et l’effacement du service public, autrement dit le sacrifice de l’intérêt général au profit des intérêts particuliers, notamment ceux des plus puissants organismes économiques et financiers.

Au vu des visées de jouissance exprimées par ces deux discours, nous pointerons une autre convergence, fut-elle de contrepoint : la négativation du travail, qui s’extériorise aussi de façon différenciée.

- Pour « la gauche », le travail est négativé en tant que temps perdu ou volé. Le temps libre, en position d’objet du désir, se projetant en perspectives de jouissances mirifiques. C’est le point de vue de la privation, celui de l’esclave, position et parti pris de référence qui n’est plus aujourd’hui que posture hypocrite de « la gauche ».

- Pour « la droite », le travail est négativé en tant que perte de profits. Le Profit et son symbole monétaire, en position d’objet du désir, se projetant dans une fuite en avant éperdue vers une jouissance jamais suffisamment atteinte et donc sans limite. C’est le point de vue du Maître, position assumée par le capitaliste dont la défense a longtemps été l’apanage politique de « la droite » : légitimer, concentrer les profits et alléger au maximum le coût du travail.

Position du Maître qui n’est plus dédaignée mais convoitée et même ouvertement assumée par « la gauche » au fur et à mesure qu’elle a investi les cercles du pouvoir.

C’est alors que la contradiction apparente des discours « de droite » et « de gauche » s’est résolue par leur conjonction : le discours libéral-libertaire, qui est devenu le moteur idéologique de la mondialisation économique et financière. Cette conjonction des discours et des politiques «de droite » et « de gauche » révèle au grand jour leur secrète connivence : leur aliénation commune à l’Impératif de jouissance. Elle engendre aussi le cumul de leurs effets dévastateurs qui se manifestent aujourd’hui avec violence dans les champ économique, social et culturel. Peut-être faut-il en arriver à cette extrémité pour que la conjonction  délétère des politiques « de droite » et « de gauche » soit perçue clairement et frappée de discrédit auprès de l’opinion publique ?

Le discrédit qui frappe le discours et la politique « de droite » est la conséquence d’une logique économique élevée à la valeur d’absolu. Donnant  prérogative aux valeurs monétaires et marchandes aux dépens des valeurs humaines qui fondent notre culture et notre contrat social, cette logique a engendré un processus de déshumanisation auto-destructeur qui menace l’État, la démocratie, la culture, et, à moyen terme, la civilisation occidentale.

Le discrédit  qui frappe le discours et la politique « de gauche » procède par la contradiction : les prétentions vertueuses de « la gauche » sociale s’avèrent profondément aliénées et contredites dans les faits par les conséquences calamiteuses engendrées par les revendications de jouissance de « la gauche » libertaire. En repoussant à l’infini les limites, ces revendications ont fini par saper tous les cadres institutionnels, à commencer par ceux investis des fonctions d’autorité : éducation, enseignement,  politique, droit, justice et les fonctions de police qui les garantissent.

La revendication du droit à la jouissance sans limites ouvrant logiquement à une relativisation des valeurs et des normes qui sous-tendent la Loi, à une subversion de sa crédibilité et de ses fonctions, notamment celle qui consiste à contrevenir à la domination des plus forts, c’est-à-dire à garantir les droits des plus vulnérables.

C’est ainsi que « la gauche », reniant sa vocation historique et sociale de défense des plus faibles sur le plan économique (pour s’investir dans une politique de division sociale ethnique et communautaire)  a pu  s’associer à ses homologues « de droite » les moins scrupuleux pour mener à Bruxelles la même politique élitaire, euromondialiste  et antidémocratique.

Faut-il s’étonner qu’un peu partout « la gouvernance mondiale » fasse appel à « la gauche » pour  sauvegarder les intérêts d’un capitalisme financier aux abois, qui n’a plus comme espoir de survivre que l’effacement autoritaire de la démocratie et son remplacement par une dictature mondiale associée aux régimes féodaux les plus barbares.

Exit « la gauche » qui va atteindre le fond de l’abîme et du discrédit en collaborant à nouveau, avec zèle et conviction, à un totalitarisme criminel, à l’anéantissement politique, économique, social,  culturel et finalement à l’effacement de notre civilisation.

Assurément, la refondation du politique ne pourra se réaliser que par la droite. Afin d’en finir avec   les prétentions éthiques de l’idéologie « de gauche », il ne sera pas superflu de redéfinir et positiver le conservatisme qui constituait le meilleur des politiques « de droite ». À savoir la défense de ces fonctions vitales que sont les valeurs et les normes dont nous avons hérité, que nos institutions ont vocation de faire respecter et de transmettre pour que survive notre société, notre culture, nos mœurs, notre civilisation.
Riposte Laïque (Posté par Marino)