jeudi 18 octobre 2012

Le 19 mars 1962 : une forfaiture – par Manuel Gomez


Je croyais naïvement que l’on ne parlerait plus de ce 19 mars 1962 puisqu’une date avait été retenue officiellement afin de célébrer la fin de la guerre d’Algérie : le 5 décembre… si mes souvenirs sont exacts.
Eh bien ! On remet ça.
Alors soyons clairs une bonne fois pour toute et qu’on n’en parle plus.
Il n’y a pas eu de « cessez le feu » le 19 mars 1962.

L’armée française n’a nullement cessé le feu car elle a tiré après cette date, notamment à Bab-el-Oued et rue d’Isly tuant des dizaines de français.
L’ALN et le FLN n’ont nullement cessé le feu car ils ont tués après cette date. Notamment les 20 et 21 mars 1962, assassinant 18 soldats français et en blessant 39 (dont beaucoup décèderont par la suite).

Les « Archives officielles » :
- dénombrent 91 actions de guerre de l’ALN et du FLN après le 19 mars 1962.
- 239 soldats français prisonniers du FLN ne sont jamais revenus.
- 1580 civils européens d’Algérie ont disparu (femmes envoyées dans des bordels militaires).

Ceci étant bien établi passons aux fameux « accords d’Évian » qui n’ont d’ailleurs jamais été signés le 19 mais le 18 mars 1962 et par qui ?
Par la délégation officielle de la France : leur chef  Louis Joxe, Robert Buron et Jean de Broglie et par un seul représentant du FLN, Krim Belkacem, les deux autres représentants ayant refusé de signer. Mais sans la présence du GPRA (Gouvernement provisoire de la république algérienne) qui n’était donc pas représenté.

Il ne s’agissait  donc plus d’un traité entre deux états puisque l’état algérien n’était pas représenté ce 18 mars 1962. Et ce ne sont pas non plus des « accords » puisqu’une seule des deux parties a signé.

La soi-disant déclaration gouvernementale du 19 mars fut totalement « imaginaire » et ne prouve qu’un désir forcené de capituler devant un ennemi vaincu par les armes.

Et en voici la preuve formelle :
- De Gaulle a fait endosser sa nouvelle forfaiture par le peuple de France, en le mystifiant comme il en avait l’habitude, sous couvert du référendum du 8 avril 1962.
Le « Journal Officiel de la République », dans sa rubrique « Lois et Décrets », en apporte la preuve.
Ce ne sont pas les « prétendus » accords du 19 mars qui ont été soumis à l’approbation des Français.
Voici le décret de convocation des électeurs figurant dans la lettre du premier ministre, le renégat Michel Debré, concernant le projet de loi soumis au référendum : il s’agit de se prononcer « sur les accords à établir et sur les mesures à prendre ».

Si les « accords » doivent être établis après le 8 avril (référendum) c’est qu’ils n’ont pas été établis ni le 18 ni le 19 mars.
Si des » mesures » doivent être prises après le référendum du 8 avril c’est qu’elles n’ont pas été prises ni le 18 ni le 19 mars.
Dont acte.

D’ailleurs quels accords et quelles mesures devraient être établis ou pris ? Le document du « Journal Officiel » est muet à cet égard.

Les Français vont voter mais ils ne savent pas pour quoi !

Dès le 20 mars 1962 la lettre du premier ministre Michel Debré est envoyée au président de la république, De Gaulle, qui consulte aussitôt le Conseil Constitutionnel qui se réunit le jour même dans une précipitation révélatrice de sa panique.
Les « sages » du Conseil Constitutionnel n’ont constaté aucune violation de la constitution (dont le géniteur était De Gaulle) dans ce projet.

Il y en avait pourtant au moins CINQ :
Article 1 – La France est une République indivisible.
(Le projet rejetait hors de la république 15 départements français)
Article 3 – Sont électeurs TOUS les nationaux français.
(Les nationaux français domiciliés en Algérie furent exclus du vote)
Article 5 – Le Président de la république est garant de l’intégrité du territoire.
(Il abandonnait une très grande partie de ce territoire, n’en conservant que 550.000 km2 sur 2.400.000)
Article 16 – Lorsque l’intégrité du territoire national est menacé.
(Elle était bien plus que menacée, elle était larguée)
Article 89 – Aucune procédure de révision ne peut être engagée ou poursuivie lorsqu’elle porte atteinte à l’intégrité du territoire.
(Les « accords d’Evian » n’avaient pas d’autre but que de porter atteinte à l’intégrité)

Enfin, le projet contenait une condition suspensive : « Si les populations algériennes choisissent de constituer l’Algérie en un État indépendant coopérant avec la France ».
Le 3 juillet 1962, l’État indépendant était créé sans aucune coopération avec la France.
Donc condition suspensive non remplie et vote sans objet.

J’ai été long, je le sais, mais j’espère que ces précisions seront lues par des élus responsables et feront taire les « ergoteries » de la FNACA, des communistes et de la gauche en général.