mardi 16 octobre 2012

Dangerosité extrême d’une douzaine de mal rasés – par Philippe Randa


Les dangereux djihadistes français ne se contentent pas seulement de chiper les pains au chocolat des chères têtes blondes ou non de l’hexagone. La preuve, cette semaine, par le démantèlement d’une redoutable cellule islamiste en Seine-et-Marne.
Le changement, ça devait être maintenant, selon le slogan de campagne électorale du candidat François Hollande. Force est de constater qu’au niveau de la mise en scène médiatico-policière, la Hollandie ne se différencie guère de la Sarkozie.
« Nous sommes clairement et objectivement confrontés à une cellule terroriste d’une dangerosité extrême », a martelé le procureur de la République de Paris, François Molins. Dont acte. On allait donc en apprendre des vertes et des pas mûres sur les projets des barbus fous du 77…


Ce matin, une partie des interpellés a déjà été relâchée, tandis que les gardes à vue d’une douzaine d’autres sont prolongées. Fort bien. Et fort utile, probablement, pour confirmer la « dangerosité extrême » de la bande… si bien organisée qu’elle est désormais sous les verrous – ouf ! on respire !  – après être passée à l’acte.

L’acte ? Au fait, oui, les dangereux extrémistes sont bel et bien déjà passés à l’acte, puisque toute cette opération de mise hors d’état de nuire a été déclenchée après un attentat à la grenade contre une épicerie juive le 19 septembre à Sarcelles (Val-d’Oise)… qui a fait un blessé.

Tout commentaire ironique sur la « dangerosité » de la cellule islamiste serait parfaitement déplacé après un tel exploit, on en conviendra, d’autant, apprend-on, qu’« à ce stade (de l’enquête), si deux des organisateurs présumés de l’attentat de Sarcelles semblent sous les verrous, il n’est pas établi que les deux auteurs eux-mêmes – ceux qui ont lancé la grenade défensive de fabrication yougoslave dans l’épicerie – aient été arrêtés et se trouvent aux mains de la justice » (source Reuters).

Certes, « un treizième suspect, chef de file présumé de cette cellule, Jérémie Louis-Sidney, a été tué samedi par les policiers venus l’arrêter dans un appartement de Strasbourg et sur lesquels il avait vidé le barillet d’un revolver 357 Magnum »…

Et puis ? Et puis, c’est tout… Enfin presque, puisqu’on a retrouvé chez quatre des gardés-à-vue des testaments et les adresses de deux ou trois lieux symboliques juifs que l’on peut se procurer dans le premier annuaire venu… Effrayant, n’est-ce pas ?

De plus, toujours à ce stade des opérations, « ont été découverts, outre un fusil à pompe et une arme de poing, des sacs contenant du nitrate de potassium, du souffre, du salpêtre, des récipients type Cocotte-Minute et des ampoules de phare » a indiqué encore François Molins pour justifier la prolongation des gardes à vue.

Que ces jeunes gens ne soient pas des gendres idéaux, des démocrates modèles, des propagandistes de paix et d’amour, on veut bien le croire. Qu’ils se situent franchement entre « racailles de banlieue » et « illuminés d’Allah », on peut sans doute le dire… Qu’ils soient d’une « dangerosité extrême » pour la sécurité intérieure, on a déjà plus de peine à le croire. Du moins pas plus dangereux que n’importe quelle bande de délinquants. Islamistes ou non.

Nul doute désormais que la plupart, sinon la douzaine entière, de ces apprentis Fous d’Allah ne passent quelques mois sous les verrous pour association de malfaiteurs, c’est plus que certains, sauf si quelques vices de procédure ne l’empêchaient… ou si un juge quelque peu inconscient considérait que leur dossier était davantage rempli de présomptions que de preuves à charge.

Tout ce brouhaha savamment orchestré autour du démantèlement d’une « dangereuse cellule islamiste » – dont le plus grand exploit aura été le jet d’une grenade défensive dans une épicerie, laissant malencontreusement pour son auteur, Jérémie Sydney, ses empreintes ADN sur un fragment – aura été utile à la propagande gouvernementale, c’est le principal.

Il fut une époque où, chaque année, les médias en manque cruel d'actualités palpitantes, découvraient un réseau de nostalgiques nazis prêts à ressusciter le IIIe Reich ou, pour les plus audacieux, à fonder le IVe…

L’épouvantail nazi étant un peu passé de mode, on l’admettra, l’épouvantail djihadiste est certes plus crédible… et les gouvernements, de droite comme de gauche, ont magnifiquement appris la recette.

Pendant qu’on distraie le citoyen avec « la dangerosité extrême » d’une douzaine de racailles mal rasées, on ne parle pas de « la faillite extrême » de notre économie.
Pourquoi pas !

Philippe Randa est écrivain, chroniqueur politique et éditeur (www.francephi.com).